Dans cet article
  1. Qu'est-ce qu'un doujinshi, au juste ?
  2. Pourquoi des auteurs professionnels continuent-ils à faire du doujinshi ?
  3. Doujinshi rime-t-il toujours avec hentai ?
  4. Comment se repérer dans cet univers ?
  5. Où trouver des doujinshi ?
  6. Ce qu'il faut retenir avant de se lancer

Le mot "doujinshi" évoque souvent des images de mangas érotiques ou de productions amateurs au graphisme approximatif. Cette perception, bien que partiellement fondée, ne rend pas justice à un phénomène culturel japonais bien plus vaste et structuré. Derrière ce terme se cache un univers de création parallèle, où des passionnés réécrivent les règles du manga, parfois avec un talent qui force le respect des éditeurs officiels.

Qu'est-ce qu'un doujinshi, au juste ?

Pour le dire simplement, le doujinshi est l'équivalent japonais du fanzine. Le mot combine trois kanjis : "doujin" (同人) signifie "la même personne" ou "personnes partageant les mêmes idées", et "shi" (誌) est une contraction de "zasshi" (magazine). Un doujinshi est donc une publication réalisée par des amateurs pour des amateurs, sans passer par le circuit commercial classique.

Doujinshi : ce que ce mot japonais cache vraiment
Doujinshi : ce que ce mot japonais cache vraiment

La différence majeure avec le fanzine occidental, c'est l'échelle. Au Japon, la production de doujinshi est massive. Des milliers de cercles d'auteurs, appelés cercles doujin, publient chaque année des dizaines de milliers d'ouvrages. Le lieu de rencontre incontournable est le Comiket (Comic Market), une convention bisannuelle qui se tient près de Tokyo. Pendant trois jours chaque été et chaque hiver, des rangées de petites tables s'alignent dans d'immenses halls, où chaque cercle expose ses créations.

Les doujinshi prennent le plus souvent la forme de mangas ou de nouvelles. Leur contenu est extrêmement varié : certaines œuvres sont des parodies, d'autres des histoires originales. Mais une grande partie reprend des personnages de mangas, d'animes ou de jeux vidéo existants pour leur inventer des aventures que les versions officielles ne proposent pas.

Pourquoi des auteurs professionnels continuent-ils à faire du doujinshi ?

On pourrait croire que le doujinshi est réservé aux débutants. C'est une erreur. De nombreux mangakas célèbres produisent encore des doujinshi en parallèle de leur travail édité. Le cas le plus connu est celui de Ken Akamatsu, l'auteur de Love Hina, qui publie toujours sous le pseudonyme d'Awa Mizuno. Le collectif CLAMP, à l'origine de Card Captor Sakura ou Chobits, a commencé comme cercle de doujinshi avant de devenir une référence.

La raison est simple : le doujinshi offre une liberté que l'édition professionnelle ne permet pas. Les délais de publication au Japon sont extrêmement serrés, les marges sur les ventes réduites, et une série peut être arrêtée du jour au lendemain si elle ne plaît pas aux lecteurs. En auto-éditant, l'auteur contrôle son rythme de travail, garde une part plus importante des revenus, et peut explorer des thèmes ou des genres que son éditeur refuserait. Le doujinshi devient alors un espace d'expression sans compromis.

D'autres grands noms ont aussi fait leurs armes dans le doujin, comme Monkey Punch (Lupin III) ou Yoshitoshi Abe (Serial Experiments Lain). Ce dernier a même vu l'une de ses publications amateurs, Haibane Renmei, adaptée en animé.

Doujinshi rime-t-il toujours avec hentai ?

C'est l'association la plus répandue en Occident : doujinshi égal manga pornographique. Cette équivalence est un abus de langage lié à l'exportation du phénomène. En Europe et aux États-Unis, le terme "doujin" a fini par désigner principalement des planches mettant en scène des personnages de séries populaires dans des situations érotiques. One Piece, Dragon Ball, Evangelion : toutes les grandes œuvres ont leur version coquine ou explicite.

Doujinshi : ce que ce mot japonais cache vraiment
Doujinshi : ce que ce mot japonais cache vraiment

Mais réduire le doujinshi à cela, c'est passer à côté de l'essentiel. La production amateur japonaise couvre tous les genres : comédie, drame, horreur, science-fiction, romance. Les auteurs y racontent les histoires qu'ils ne trouvent pas ailleurs : un quotidien ordinaire pour des héros extraordinaires, un couple qu'ils auraient aimé voir se former, une fin alternative à une série qui les a déçus. Le doujinshi est d'abord une réappropriation créative.

Pour distinguer les productions, les amateurs utilisent des termes spécifiques : on parle de "fanbook" ou "ippan" pour les œuvres non pornographiques, et de "H-dôjinshi" ou "ero manga" pour les versions sexy. Le yaoi (relations masculines destinées à un public féminin) et le yuri (relations féminines) sont des genres à part entière, mais ne représentent qu'une partie de l'offre.

Comment se repérer dans cet univers ?

Le vocabulaire peut dérouter un nouveau venu. Voici les termes essentiels à connaître :

  • Cercle (sākuru) : le groupe qui publie le doujinshi. Il peut s'agir d'une seule personne (cercle kojin) ou d'une équipe.
  • Doujinka : le créateur du doujinshi, qu'il soit dessinateur ou écrivain.
  • Copybook ou copybon : un doujinshi imprimé sur une imprimante domestique et relié par des agrafes, sans passer par un imprimeur professionnel.
  • Anthologie : un recueil d'histoires de plusieurs doujinka, souvent imprimé dans un format plus petit que le doujinshi classique.
  • Scanlation : un doujinshi numérisé et traduit par des fans.

La taille standard d'un doujinshi est le format B5 (environ 17,6 x 25 cm), tandis que les anthologies utilisent plutôt l'A5 (14,8 x 21 cm). Les cercles numérotent souvent leurs publications : "Fanbook #1", "Fanbook #2", etc., pour indiquer qu'il s'agit d'une œuvre dérivée d'une série existante.

Où trouver des doujinshi ?

Le Comiket reste le lieu de vente principal. Mais il existe aussi des salons dédiés à une seule série, voire à un seul couple de personnages. Plus étonnant encore, des librairies entières ne vendent que des doujinshi. La chaîne Mandarake, spécialisée dans la culture pop japonaise, en propose des rayons entiers, classés par série d'origine. On y trouve des pépites, comme les premiers travaux de mangakas devenus célèbres.

En ligne, les plateformes comme Pixiv ou Melonbooks permettent d'acheter des doujinshi numériques ou physiques, avec des envois vers l'étranger. Attention toutefois : la légalité des fanworks varie selon les pays. Au Japon, le doujinshi repose sur une tolérance des ayants droit, tant que les ventes restent modestes et ne concurrencent pas l'œuvre originale. Cette zone grise n'existe pas partout.

Ce qu'il faut retenir avant de se lancer

Le doujinshi n'est pas un sous-genre du manga. C'est un mode de production parallèle, où la passion et la liberté d'expression priment sur le marché. Il peut être érotique, drôle, triste ou absurde. Il peut être l'œuvre d'un débutant maladroit ou d'un professionnel confirmé. Si vous cherchez des histoires que les éditeurs n'osent pas publier, ou simplement une autre manière de voir vos personnages préférés, le doujinshi est une mine d'or. Mais gardez à l'esprit que tout n'y est pas bon, et que le tri fait partie du plaisir de la découverte.