Dans cet article
- Pourquoi le propriétaire est-il le seul redevable légal ?
- Ce que le propriétaire peut (et ne peut pas) réclamer au locataire
- Y a-t-il des exceptions pour les locations professionnelles ou commerciales ?
- Que faire si votre propriétaire vous réclame la taxe foncière ?
- Et si le propriétaire ne paie pas sa taxe foncière ?
- Un point de vigilance pour les propriétaires : ne pas tenter de contourner la loi
La question revient chaque année à l’automne, quand les avis de taxe foncière tombent dans les boîtes aux lettres. Un locataire peut légitimement se demander s’il doit mettre la main à la poche, surtout si son propriétaire lui réclame une participation. La réponse est pourtant simple et fixée par la loi : le redevable légal de la taxe foncière, c’est le propriétaire, qu’il occupe lui-même le logement ou qu’il le loue. Mais dans les faits, des zones grises existent, et certaines pratiques méritent d’être éclaircies.
Pourquoi le propriétaire est-il le seul redevable légal ?
La taxe foncière sur les propriétés bâties (TFPB) est un impôt local dû par toute personne possédant un bien immobilier au 1er janvier de l’année d’imposition. Peu importe que le logement soit occupé par le propriétaire, vide ou loué à un locataire. C’est la qualité de propriétaire au moment du fait générateur qui déclenche l’obligation de payer. La loi du 6 juillet 1989, qui encadre les locations d’habitation, le rappelle clairement : le propriétaire ne peut pas transférer cette charge à son locataire. Toute clause du bail qui tenterait de le faire serait réputée non écrite.

Le calcul de la taxe repose sur la valeur locative cadastrale du bien, c’est-à-dire le loyer théorique qu’il pourrait produire, réduit de moitié (abattement de 50 %). À cette base, on applique le taux voté par la commune et les autres collectivités. Le propriétaire paie donc un impôt qui correspond à la valeur de son patrimoine, pas à l’usage qu’en fait le locataire. C’est logique : la taxe foncière n’est pas une charge liée à l’occupation du logement, contrairement aux charges locatives récupérables.
La TFPB est un impôt sur la propriété, pas sur l’occupation. Le locataire n’a pas à la payer, même si le propriétaire le lui demande.
Ce que le propriétaire peut (et ne peut pas) réclamer au locataire
Si la taxe foncière elle-même est interdite de refacturation, une partie de l’avis d’imposition peut en revanche être imputée au locataire. Il s’agit de la taxe d’enlèvement des ordures ménagères (TEOM). Cette taxe figure sur le même avis que la TFPB, mais son objet est différent : elle finance le service de collecte et de traitement des déchets, un service directement utilisé par l’occupant du logement. La TEOM fait partie de la liste des charges récupérables fixée par le décret du 26 août 1987. Le propriétaire peut donc la refacturer au locataire, à condition d’en fournir le justificatif (le détail de l’avis d’imposition).
Attention à ne pas confondre : le propriétaire ne peut pas réclamer un pourcentage de la TFPB sous prétexte que le locataire occupe le logement. Il ne peut pas non plus inclure la taxe foncière dans les charges locatives. Seule la TEOM est récupérable, et rien d’autre.
- Taxe foncière (TFPB) : à la charge exclusive du propriétaire. Interdiction de la refacturer.
- Taxe d’enlèvement des ordures ménagères (TEOM) : charge récupérable, à justifier au locataire.
Y a-t-il des exceptions pour les locations professionnelles ou commerciales ?
Le principe change selon le type de bail. Pour les locations d’habitation, la règle est stricte et sans exception. En revanche, pour les baux commerciaux, la liberté contractuelle est plus large. Le propriétaire d’un local commercial peut prévoir dans le contrat que le locataire rembourse tout ou partie de la taxe foncière. C’est une pratique courante, mais elle doit être expressément écrite dans le bail. Sans clause, le propriétaire reste seul redevable.
Pour les baux professionnels (ceux qui concernent les professions libérales, par exemple), le régime est moins protecteur que le bail d’habitation. Là encore, si le contrat le prévoit, le locataire peut être tenu de payer la taxe foncière. Mais en l’absence de clause, c’est le propriétaire qui paie. La vigilance s’impose à la signature : le locataire professionnel doit lire attentivement les conditions financières du bail.

| Type de bail | Le propriétaire peut-il refacturer la TFPB ? |
|---|---|
| Location d’habitation (loi 1989) | Non, interdit par la loi. Clause réputée non écrite. |
| Bail commercial | Oui, si une clause du contrat le prévoit expressément. |
| Bail professionnel | Oui, si le contrat le stipule (pratique variable). |
Que faire si votre propriétaire vous réclame la taxe foncière ?
Un propriétaire qui demande à son locataire de payer la taxe foncière se met en tort. Si vous êtes locataire d’un logement d’habitation, vous pouvez refuser poliment mais fermement, en rappelant la loi. Si le propriétaire insiste ou tente de vous facturer la TFPB via les charges, vous avez des recours. Commencez par une lettre recommandée avec accusé de réception pour demander le remboursement des sommes indûment perçues. En cas de refus, vous pouvez saisir la commission départementale de conciliation, puis le tribunal judiciaire.
Gardez toujours une copie de votre bail et des justificatifs de charges. Le propriétaire doit vous fournir le détail de l’avis de taxe foncière pour justifier la TEOM qu’il vous refacture. S’il refuse, vous êtes en droit de contester le montant réclamé.
Et si le propriétaire ne paie pas sa taxe foncière ?
C’est une situation délicate pour le locataire. Le non-paiement de la taxe foncière par le propriétaire expose le bien à des poursuites fiscales, mais cela ne concerne pas directement le locataire. L’administration fiscale peut saisir les loyers (par le biais d’une saisie-attribution) ou engager une procédure de recouvrement forcé. Le locataire reste protégé par son bail : il ne peut pas être expulsé du seul fait que le propriétaire ne paie pas ses impôts. En revanche, si la situation dure, le propriétaire peut se retrouver en difficulté financière, ce qui peut compliquer l’entretien du logement ou le remboursement du dépôt de garantie en fin de bail.
Si vous apprenez que votre propriétaire ne paie pas sa taxe foncière, vous n’avez pas à vous substituer à lui. Mais vous pouvez, par précaution, conserver une trace de vos paiements de loyer et signaler la situation à l’administration fiscale si des menaces de saisie pèsent sur le logement.
Un point de vigilance pour les propriétaires : ne pas tenter de contourner la loi
Certains propriétaires sont tentés d’inclure une clause dans le bail pour faire supporter la taxe foncière au locataire, ou de la réclamer sous un autre nom (frais de gestion, participation aux impôts locaux). Ces pratiques sont illégales en location d’habitation. Le locataire peut les contester et obtenir le remboursement des sommes versées, avec des dommages et intérêts si la mauvaise foi du propriétaire est établie. La règle est simple : la TFPB est un impôt sur la propriété, pas une charge locative. La refacturer, c’est s’exposer à un contentieux perdu d’avance.
Pour les propriétaires qui cherchent à alléger leur fiscalité, il existe d’autres leviers : déduire la taxe foncière de leurs revenus fonciers (si le bien est loué en nu), ou opter pour le régime réel d’imposition. Mais ces solutions passent par la déclaration fiscale, pas par le locataire.
