Dans cet article
- Qui paie quoi pendant un arrêt maladie ?
- Pourquoi la Sécurité sociale n'a-t-elle pas versé les indemnités journalières ?
- L'employeur refuse le maintien de salaire : quels sont vos droits ?
- Que faire si le salaire ou les indemnités restent impayés ?
- L'employeur peut-il vous licencier parce que vous réclamez votre dû ?
- Un conseil concret avant d'aller aux prud'hommes
Vous êtes en arrêt maladie, vous avez envoyé votre prescription dans les 48 heures à la Sécurité sociale et à votre employeur, et pourtant, rien ne tombe sur votre compte. Pas d'indemnités journalières, pas de maintien de salaire. La situation est stressante, mais elle n'est pas une impasse. Avant de parler de procédure, il faut comprendre ce qui bloque et qui doit payer quoi. Car le système repose sur deux acteurs distincts : la Sécurité sociale et votre employeur. Et chacun a des obligations précises.
Qui paie quoi pendant un arrêt maladie ?
Le schéma classique est le suivant. La Sécurité sociale verse des indemnités journalières (IJ) à partir du 4e jour d'arrêt (les 3 premiers jours sont un délai de carence). Le montant brut est de 50 % du salaire journalier de base, plafonné à 43,80 euros par jour. Ce versement a lieu toutes les deux semaines. Pour y avoir droit, il faut avoir travaillé un certain nombre d'heures ou cotisé un montant suffisant dans les mois précédant l'arrêt.

De son côté, l'employeur peut être tenu de compléter ces IJ pour maintenir tout ou partie du salaire. C'est ce qu'on appelle le maintien de salaire. Cette obligation dépend de votre ancienneté dans l'entreprise et des dispositions de votre convention collective. En pratique, si la Sécu vous verse 50 % de votre salaire brut, l'employeur peut devoir ajouter une somme pour atteindre un pourcentage plus élevé (par exemple 90 % ou 100 %), souvent sous déduction des IJ.
Si rien n'arrive, le problème peut donc venir de la caisse d'assurance maladie ou de votre employeur. Il faut vérifier les deux pistes.
Pourquoi la Sécurité sociale n'a-t-elle pas versé les indemnités journalières ?
Avant d'incriminer votre employeur, assurez-vous que le circuit administratif est bouclé. La cause la plus fréquente du non-paiement des IJ est un défaut de transmission d'un document. Le salarié doit envoyer son arrêt de travail à la CPAM dans les 48 heures. Mais l'employeur doit aussi fournir une attestation de salaire à la caisse. Sans ce document, le calcul de vos droits est impossible et le versement reste bloqué.
Si vous avez bien envoyé votre arrêt, contactez votre caisse pour savoir si elle a reçu l'attestation de votre employeur. Si ce dernier ne l'a pas fournie, c'est à lui de le faire. Vous pouvez le relancer par écrit (email ou courrier recommandé) pour lui rappeler son obligation légale. Une fois l'attestation transmise, le versement des IJ peut reprendre, avec un éventuel rattrapage pour la période écoulée.
L'employeur refuse le maintien de salaire : quels sont vos droits ?
Le refus de l'employeur de verser le complément de salaire est une situation différente. Là, il ne s'agit pas d'une erreur administrative, mais d'une décision qui peut être contestée. L'employeur peut invoquer plusieurs motifs : une ancienneté insuffisante, une absence de clause dans la convention collective, ou encore le fait que les IJ de la Sécu couvrent déjà une partie du salaire.
Mais attention : même si l'employeur n'est pas obligé de maintenir le salaire à 100 %, il doit respecter les règles minimales. Par exemple, un salarié avec plus d'un an d'ancienneté dans une entreprise d'au moins 11 salariés bénéficie d'une indemnisation complémentaire légale (sous conditions de durée d'absence). Si votre entreprise a moins de 11 salariés, l'obligation est moindre, mais la convention collective peut prévoir des avantages plus favorables.
Ne vous fiez pas à une réponse orale. Demandez à votre employeur ou aux RH une explication écrite du refus, en précisant les articles de la convention collective ou du code du travail sur lesquels ils s'appuient. Sans justification, le refus est suspect.

Que faire si le salaire ou les indemnités restent impayés ?
Si les échanges à l'amiable n'aboutissent pas, vous devez passer à une phase plus formelle. Voici les étapes à suivre, dans l'ordre.
- Mise en demeure par lettre recommandée avec accusé de réception : adressez-la à votre employeur. Rappelez les sommes dues, les dates, et fixez un délai de paiement (par exemple 8 jours). Cette lettre servira de preuve en cas de procédure.
- Saisine du conseil de prud'hommes : si la mise en demeure reste sans réponse, vous pouvez engager une action en référé. Le référé permet d'obtenir une décision rapide (souvent en quelques semaines) pour les créances non contestables, comme le paiement des salaires ou des indemnités de maintien de salaire. Vous n'avez pas besoin d'avocat pour cette étape, mais un avocat spécialisé peut vous aider à constituer un dossier solide.
- Inspection du travail : en parallèle, vous pouvez signaler la situation à l'inspection du travail. Elle ne règle pas les litiges individuels, mais elle peut contrôler l'employeur et lui rappeler ses obligations. C'est un levier de pression utile.
Attention : le délai pour agir en justice pour une demande de salaire est de trois ans à compter de la date où la somme aurait dû être versée. Pour les indemnités journalières, le délai est de deux ans. Ne tardez pas, surtout si l'employeur est de mauvaise foi.
L'employeur peut-il vous licencier parce que vous réclamez votre dû ?
C'est une crainte légitime. La loi interdit de licencier un salarié en raison de son état de santé (article L1132-1 du code du travail). Un licenciement prononcé parce que vous êtes en arrêt maladie serait discriminatoire et donc nul. Mais l'employeur peut chercher un autre motif, comme la perturbation du service.
La jurisprudence est claire : pour licencier un salarié absent pour maladie, l'employeur doit prouver que cette absence perturbe gravement le fonctionnement de l'entreprise et qu'il doit embaucher un remplaçant définitif. Ce n'est pas automatique. Et si vous êtes en train de réclamer des indemnités impayées, le licenciement pourrait être considéré comme une mesure de rétorsion, ce qui est interdit. Dans ce cas, vous pouvez demander des dommages et intérêts pour licenciement sans cause réelle et sérieuse.
Un conseil concret avant d'aller aux prud'hommes
Avant de lancer une procédure, faites les comptes. Le montant en jeu est-il suffisant pour justifier le temps et l'énergie d'une action ? Si votre employeur ne vous doit que quelques centaines d'euros, une mise en demeure et un signalement à l'inspection du travail peuvent suffire. En revanche, si l'arrêt dure plusieurs mois et que le maintien de salaire représente plusieurs milliers d'euros, les prud'hommes sont une solution rentable.
Un dernier point : ne comptez pas sur la Sécurité sociale pour régler le conflit avec votre employeur. La CPAM n'est pas un médiateur entre vous et votre entreprise. Elle verse les IJ si les documents sont en règle, point barre. C'est à vous d'agir pour le complément employeur. Et si votre employeur est en faillite ou injoignable, l'AGS (Association pour la gestion du régime de Garantie des créances des Salariés) peut prendre le relais pour les sommes dues, mais uniquement dans le cadre d'une procédure collective. Cela reste une situation exceptionnelle.
En résumé : vérifiez d'abord que l'attestation de salaire a bien été transmise à la CPAM. Si c'est le cas et que l'employeur refuse le maintien de salaire, mettez-le en demeure par écrit. Si rien ne bouge, le conseil de prud'hommes est votre recours. Et ne laissez pas la peur du licenciement vous empêcher de réclamer ce qui vous est dû : la loi vous protège.
